1996 Cantona - 2016 Zidane

1996 Cantona - 2016 Zidane

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Réf. : #3

EDITO

Mars / Avril 2016

1996 Cantona - 2016 Zidane

Les States donnaient le LA, on écoutait la radio le doigt sur la touche REC, Cantona portait beau le col relevé et Ronaldo sur- volait les débats. C’était 1996. Une année indispensable qui mérite bien un voyage dans le temps.

De l’autre côté de l’Atlantique, Michael Jordan et ses Bulls viennent de ridiculiser les Sonics de Gary Payton et Shawn Kemp en finale des play-offs. Et de quatre bagues de champion pour His Airness. L’autre Michael, surnommé « l’homme aux chaussures dorées », file la métaphore initiée par ses pointes vingt-quatre carats en remportant deux fois l’or sur 200 et 400 à Atlanta. Deux hommes en colère, les Michael. Malgré le succès. Malgré le spectacle. Comme si la victoire n’était pas une fin en soi mais un simple retour à la normale. Une mise au point en mondo- vision, la virgule au pied.

Rêve américain, toujours. Dopé à la guerre Est/Ouest, le gangsta rap ne s’est jamais aussi bien porté. Les dollars pleuvent. Voilà qui fait les affaires de la justice dont les caisses se trouvent renflouées d’un million quatre par Suge Knight. Le PDG de Death Row Records a eu la bonne idée de racheter la liberté de Tupac. Un investissement payé en retour par le magistral All Eyez On Me.

L’homme au bandana inversé jette un voile pudique sur ses préoccupations socio-politiques pour vanter les mérites de la . Tous les yeux se posent sur lui. Dont ceux des tueurs qui le fau- chent de plusieurs balles dans le corps, le 7 septembre.

Question gros sous, Nike n’est pas en reste et régale en signant le phénomène Ronaldo. Qui rejoint Barcelone dans la foulée contre la coquette somme de quatre-vingt seize millions de francs. Le Brésilien est un homme pressé. Pour son premier match, le 25 août, il cale une passe dé, deux buts et un elastico qui laisse bouche bée la défense de l’Atletico. Un geste reproduit le lendemain, à la récré. C’est plus facile avec un ballon en mousse. Mais après plusieurs tentatives, il faut se rendre à l’évidence : impossible de refaire le coup du 12 octobre. Pour Ronaldo, le chemin de Compostelle est une promenade de santé. Un slalom pour enrhumer quatre pèlerins, le gardien et claquer un pion d’anthologie.

Le foot de demain vient de trouver son prophète: puissant, rapide, diablement efficace. Une assurance spectacle doublée d’une icône publicitaire. La preuve avec ce spot de la virgule qui voit Cantona, col relevé, crucifier un monstre de portier d’un cinglant «au revoir». Une exécution précédée d’une série de gri-gri du prodige brésilien. Une croix, cette exposition mondiale ? Ça lui en touche une sans faire bouger l’autre, à Ronaldo. Quand on est né à Bento Ribeiro, banlieue pauvre de Rio, on n’a pas honte de remplir son compte en banque en s’amusant.

Un peu comme cette nouvelle génération de rappeurs qui déferle sur la bande FM. Secteur Ä, Lunatic, X-Men, La Cliqua, Ideal J & Co passent des Halls aux bacs. Et prou- vent que l’on peut être hardcore sans pour autant moisir dans l’underground. Après tout, Tupac fait la une de Rolling Stone. Doc Gynéco, déjà à l’Ouest, enregistre sa Première Consultation à Los Angeles, en pleine guerre du rap.

À l’affût, Skyrock s’autoproclame Premier sur le Rap. Un moyen comme un autre de gagner des parts d’audience en passant 40 % de chanson française. Le rap français s’est trouvé une caisse de résonnance. Parfois le crime paie, d’autres fois c’est la rime. Médias toujours, Doc, Stomy et Kenzy font une apparition remarquée chez Jean-Luc Delarue.

Le trio proclame la mort du rock et son refus du cliché de l’artiste crève-la-dalle. Non, un bon rappeur n’est pas un rappeur pauvre. Le succès, voilà l’objectif. Pour faire entendre sa voix, et se mettre bien en passant.

Mort du rock, suite et fin : après un dernier concert le 25août au Bilboard Live d’Hollywood, les Ramones annon- cent leur séparation. Kool Shen et Joey Starr enfilent leur tenue de combat pour faire appel du verdict du tribunal correctionnel de Toulon. On n’insulte pas impunément les forces de l’ordre. Le moral est au beau fixe, cela dit. Qu’est- ce qu’on attend pour foutre le feu ?, Affirmative Action... les bombes du Suprême NTM explosent à la face de la France du passé. En société, on les appelle les phénomènes.

Vingt ans ont passé. Le phénomène était appelé à durer. Il va falloir se faire à l’idée de vieillir en 501/Stan Smith. Et de caler des elastico en maison de retraite.

 

TEASER ALL EYEZ #3
Bonus bd
ZIKI BALLON D'OR