Bun Hay Mean : Le vivre ensemble commence par le rire ensemble

Surnommé « le Bruce Lee de la vanne », Bun Hay Mean est un ancien du Comedy Club. À 34 ans, l’humoriste bordelais d’origine sino- cambodgienne se rie du politiquement correct et manie sans complexe tous les clichés racistes. Les spectateurs des premiers rangs ne sont pas les seuls à en prendre pour leur grade. Interaction avec le public et improvisation sont en effet omniprésentes. All Eyez a assisté à son dernier spectacle Chinois Marrant dans la légende de Bun Hay Mean, chaque samedi au théâtre de l’Apollo à Paris, qui fait salle comble.

« Chinois Marrant », ça te dérange pas d’être réduit à ça ?

C’est pas réduit, c’est le concept du spectacle Chinois Marrant dans la légende de Bun Hay Mean. C’est ce que tu vois, ce que tu penses. Ce cliché-là qui, avec la légende de Bun Hay Mean, raconte son identité. En fait c’est : « ok, c’est mon cliché. Je le prends, je l’assume. Et derrière y’a ça. » Comme Tyrion dans Game of Thrones. Les gens vont cracher sur toi. Sers-t-en comme d’une arme. Les gens disaient « Ouais, chinois, chinois, t’es marrant !… Chinois marrant… ». Et c’est ça l’impro, c’est que t’acceptes.

Dans ton spectacle, quand tu rentres dans ton personnage et que tu commences à parler de racisme, on a ’impression que c’est hyper important pour toi…

C’est hyper important parce que ce spectacle, je l’ai écrit à partir d’une crise identitaire. Je rentrais d’Asie et je me suis demandé : « Qu’est-ce que c’est que d’être chinois ? D’être français ? D’être chinois en France ? Qu’est-ce que c’est d’être Bun Hay Mean en fait ? » En Asie, comme partout où je voyage d’ailleurs, on me prend pas pour un Chinois, ni un Cambodgien, on me prend juste pour un touriste. Donc je me suis dis, vas-y, dans la vie on est tous des touristes. On est là pour apprendre et découvrir des trucs. En jouant le spectacle, j’ai trouvé une fonction. Aujourd’hui je sais pourquoi je suis là : pour faire gole-ri les gens, pour être Bun Hay Mean.

Tu as déclaré dans une interview : « Le vivre ensemble commence par le rire ensemble ». Dans tes spectacles, tu t’amuses avec les clichés racistes et tu vannes le public sur ses origines. C’est une façon de dédramatiser, de décomplexer les gens ?

C’est exactement ça. Pour moi, le racisme n’existe pas. Il apparaît quand on commence à en parler et quand on s’en plaint. Alors que si on en rigole, il disparaît. Aujourd’hui, les racistes c’est soit des vieux, soit des gens pas éduqués. Et donc avec l’évolution, les racistes sont en voie d’extinction. On sera bientôt tous des métissés.

C’est habituel dans le stand-up, l’interaction avec le public. Mais on a vraiment l’impression que toi tu t’intéresses à la personne à laquelle tu parles, même si c’est pour la vanner direct après. Ça participe de ce partage ou c’est surtout pour les sketches ?

C’est pour la rencontre. Le public vient dans l’idée de voir un inconnu. Personne ne me connaît en fait. Y’a peut-être un ou deux sketches qui passent sur YouTube ou à la radio. Mais c’est tout. Ils viennent me rencontrer. Et moi, le minimum que je puisse donner c’est de les rencontrer aussi, savoir qui ils sont, ce qu’ils font. Je suis heureux parce qu’aujourd’hui, les gens dans la salle sont comme moi. C’est des gens open-minded, qui s’en battent les yeuks. Ils sont là et ils veulent kiffer. Moi je monte sur scène, j’men bats les couilles, j’veux kiffer et j’veux qu’on kiffe tous ensemble. Là, tu vois, j’ai gerbé toute la nuit, j’ai des courbatures partout. Je suis monté sur scène, je sentais plus rien.

Y’a quand même un p’tit côté Bigard, au sens où ça y va sur les blagues de cul… C’est pour choquer ?

Non, c’est pas pour choquer. Le mot vulgaire vient du peuple. Moi, je suis un mec du peuple. Je vais pas changer mon vocabulaire, ma sémantique ou les sujets que j’aborde parce que j’ai envie entre guillements de faire partir d’une espèce d’élite. Je suis un mec du peuple. Et je parle au peuple. Le sexe, c’est tout le monde. La bouffe, c’est tout le monde. Les besoins vitaux : ken, manger, dormir.

C’est important de parler et de rire de tout ?

Oui, c’est la base. Quand on commence à te dire qu’il faut éviter certains sujets parce que c’est trop tôt pour en parler, ou des sujets délicats, c’est qu’au contraire il faut y aller.

Évoquer Dieudonné dans tes spectacles, c’est une forme de militantisme ?

C’est pas de Dieudo que je parle, c’est de liberté d’expression. Moi je suis pour la liberté absolue. Tout le monde a le droit de parler. Faut juste t’opposer un interlocuteur qui peut démontrer que t’as tort. Quand t’empêches les gens de parler, c’est là qu’ils deviennent rageux. Si le Front National existe aujourd’hui, c’est parce que Mitterrand l’a voulu. Il s’en est servi pour être élu.

Comment tu choisis les sujets d’actu que tu intègres à ton spectacle ?

J’intègre ce qui me touche, ce dont j’ai envie de parler. Dieudo par exemple, ça m’avait qué-cho les deux premières semaines. Je me suis dit « putain, on a interdit le spectacle d’un humoriste. C’est hardcore quand même en France ». Et quand y’a eu le truc du chat (affaire Farid de la Morlette, le tueur de chat, ndlr) j’ai fait : « mais c’est ouf ! ». Et voilà, ça s’est lié automatiquement. Je me suis dit le pays est en train de partir en yeuk. J’ai fait en impro le ke-tru avec le public, et ça s’est construit comme ça.

 

Donc tu le testes une première fois et en fonction de la réaction tu décides de le garder ou pas ?

Ouais. Je pense que l’humour, c’est fait pour choquer, pour faire réfléchir.

Ton rythme d’enchaînement des vannes te démarque des autres humoristes. Quelqu’un a commenté une vidéo YouTube d’un de tes sketchs par : « le mec balance 20 punchlines à la seconde ». On a l’impression que tu calcules même pas, que ça sort comme ça.

Oui, je suis dans la livraison. Je suis pas responsable de ce que la personne va comprendre. J’envoie. Et tu interprètes comme tu veux, tu prends ce que tu veux…

C’est de l’impro ?

C’est pas de l’impro. Juste mon côté punk de dire : je suis comme ça, je donne ça. Prenez ce que vous voulez. Prenez ce que vous pouvez. Prenez comme c’est. Si vous voulez pas le prendre, tant pis, c’est pas mon problème. Je monte sur scène parce que j’ai des choses à dire.

Retrouvez l'intégralité de l'interview dans le All Eyez #2 

TEASER ALL EYEZ #3
 
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