La conquête de West

LE BIEN NOMMÉ KANYE – l’unique en swahili –, est un touche-à-tout. Un maître du Hip-Hop qui emprunte à la soul, au R&B, à la pop, au rock, à la house, à la folk, à l’électro et à la musique classique… Un producteur, rappeur, réalisateur, designer, businessman mais aussi un twittos capable à tout moment de dégainer ses 140 signes pour pousser une gueulante ou clasher ses haters. Une constante : Kanye n’en fait qu’à sa tête, et impose ses normes plutôt que de se couler dans le moule. Mais la conquête de West ne s’est pas faite en un jour.

Kanye naît le 8 juin 1977 à Atlanta. Papa est un ancien Black Panther reconverti en reporter d’images, maman est prof d’anglais. Le couple divorce trois ans plus tard et Kanye suit sa mère à Chicago. À treize ans, elle lui offre vingt-cinq dollars et un premier enregistrement en studio. Kanye sera rappeur. A vingt ans, il quitte la fac pour la musique. Reste à convaincre les labels. Pas une mince affaire pour ce fils de la classe moyenne qui préfère le look preppy et les polos roses aux tatouages et chaînes en or. En attendant, Kanye produit du son à la chaîne pour les artistes du label de Jay-Z, Roc-A-Fella Records. En 2001 il est l’un des artisans du come-back du Pape du Hip-Hop avec The Blueprint dont il a produit quatre titres.

LE BIEN NOMMÉ KANYE Le passage au micro se fait dans la douleur. Le 23 octobre 2002, après une nuit en studio, Kanye West s’endort au volant. Le crash est violent. Le rappeur s’en tire avec la mâchoire brisée. Et l’inspiration pour signer son premier tube Through the wire (une référence à sa bouche cousue), un instantané de souffrance et de résurrection qui dope les ventes de l’album The College Dropout, sorti en février 2004. Le flow et les samples de soul font le boulot. Le message colle au personnage : « fais tes propres choix, ne laisse pas la société te dire ce que tu dois faire ou ne pas faire ». Bilan : un disque de platine (comme pour les cinq petits frères) et la reconnaissance du rap game.

Kanye West n’est pas du genre à s’endormir sur ses lauriers. Chaque succès lance une nouvelle quête. Celle du son qui lui permettra de se renouveler. Pour Late Registration (2005), il engage un orchestre classique. De quoi réconcilier Hip-Hop et archet. Et séduire le public, encore.

En 2007, Kanye remet ça avec Graduation. Cette fois, ce sont la house et l’electro qui s’invitent à la table de mixage du MC. Sans oublier le rock et son excellence mélodique. Il faut se souvenir de Stronger qui sample le Harder, Better, Faster, Stronger des Daft Punk ou de la divine intervention de Chris Martin (Colplay) au piano pour Homecoming. Au-delà des chiffres, le succès de ce troisième album est symbolique.

Sorti le même jour que le Curtis de 50 cent, il remporte largement le duel qui l’oppose à l’ancien dealer du Queens. Quand Fifty vend du cul et de la violence, Kanye propose au public de voir la vie à travers les yeux d’un Black Yuppie. Un autre modèle de réussite. Et la preuve que le Hip-Hop s’éloigne peu à peu du gangsta rap pour s’ouvrir à d’autres musiques et à un public plus large.

Kanye doit tout à sa mère, Donda. C’est elle qui lui a donné la confiance pour créer. Quand elle disparaît en novembre 2007, après une opération de chirurgie esthétique qui tourne mal, le fiston encaisse le choc. 808s & Heartbreak (2008) est enregistré le moral dans les chaussettes. Les rythmes sont plus lents, la voix auto-tunée. Kanye West est donc vulnérable. Il chante l’amour et la solitude.

Retrouvez l'intégralité de l'article dans le All Eyez #2

 

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