Doc Gynéco se pour notre "Première Consultation"

C’est toujours d’actualité : son cabinet est ouvert à toutes les heures, et c’est avec simplicité que le Doc se livre pour notre Première Consultation.

Le message de Première consultation c’était quoi ?

Il fallait ouvrir le rap. Cette musique était un circuit fermé avec la vibe qui était alimentée par les ÉtatsUnis, principalement New York. Il fallait l’ouvrir à d’autres gens que ceux des quartiers. Moi, je voulais faire découvrir ça à un gars vivant à Toulouse, à Strasbourg ou en Corrèze. J’ai donc fait un travail que personne n’attendait à ce moment-là. Vingt ans après, les gens comprennent ma vibe.

Musicalement, il y a quoi de plus dans cet album ?

Il est français, il parle à tout le monde, pas qu’aux mecs du milieu hip hop. Avant, il n’y avait pas internet, donc il fallait faire simple, mettre des références dans mes textes qui nous parlent à tous, blancs ou noirs : la 8.6, les Gazelles et d’autres choses universelles. Du mec de la campagne au jeune de banlieue en passant par le gars du showbiz, tout le monde comprenait les réf’ de l’album.

Dans ton album tu as un morceau qui s’intitule Classez-moi dans la variét’, pourquoi ?

Les gars voulaient que le rap reste entre mecs de quartiers. Ils se sentaient « ghetto » parce qu’ils faisaient ou parce qu’ils écoutaient du rap. J’ai juste voulu dire : tu peux être classé dans la variét’, être écouté par des personnes qui ne viennent pas des quartiers et faire du très bon rap. Beaucoup de personnes ont mis vingt ans pour faire du Gynéco dans l’attitude. C’est à dire sortir du quartier et ramener l’attitude lascar (Stan Smith/Lacoste) dans le monde du showbiz.

Tes amis ont-ils compris l’album au moment où tu l’enregistrais ?

Tous mes gars me disaient « Mais il est fou lui, vas-y, fais tes conneries mais fais-les tout seul ». Quand tu fais un truc et qu’au fond de toi tu sais que c’est bien et que tes gars te disent que t’es fou, dis-toi que c’est bon (rires). Si on rigole de toi, on se moque de toi, c’est doublement bon. Parce que si t’as inventé le moteur à eau et que les rappeurs roulent à l’essence, les gars vont pas être contents parce que tu vas leur faire perdre de l’argent (rires). Y’a même des frères qui ont commencé à faire moins de vente, qui m’ont fait comprendre que mon style de rap allait niquer leur business.

C’est un album vachement porté sur le sexe.

J’ai toujours eu la volonté d’ouvrir le rap. À l’époque, les gars étaient plus dans les bagnoles, ils avaient peur des femmes. Dans les ghettos, les jeunes ne côtoyaient quasiment pas les meufs. Faut pas sortir de St-Cyr pour savoir ça ! Moi je voulais pas trop rester dans le café à discuter bagnoles, bécanes entre lascars. Je me disais « Oulala, je vais traîner avec des meufs parce que leurs trucs de mécanique c’est pas pour moi ! ». Du coup, je bougeais souvent avec la gente féminine et très rapidement, j’en suis venu à glisser ma main dans leurs culottes ! Je rentrais au quartier et j’disais aux copains « sens, sens, sens ma main ! » (rires). Les gars ne s’occupaient pas bien des filles. Quand on leur disait de mettre leur tête dans le sexe des femmes, ils disaient un « Aahh » de dégoût. Moi je disais « Oouuaaiiis ». Et là, on m’a surnommé « langue de velours ».

Ma Salope à Moi, c’était une chanson pour une femme que tu as connue ?

Non. Dans le quartier on avait un copain, paix à son âme, qui aimait une femme qui avait couché avec tout le monde. Il lui a quand même fait un gosse. Et un jour, il nous a sorti cette phrase : « C’est ma salope à moi » avec beaucoup d’amour. J’ai décidé d’en faire un titre.

Ton titre sur Vanessa, c’était un délire ou tu la kiffais vraiment ?

À l’époque, j’étais dans la même maison de disque que Lenny Kravitz, et lui il me disait : « Vas-y, mec ! ». Elle était comme nous et son ancien manager aussi, Didier Pain me disait toujours : « Va la voir, parle-lui, elle ne va pas te manger ! » (rires). J’étais trop timide avec elle, j’ai jamais osé lui parler. Après, elle a rencontré son acteur d’Hollywood et elle a changé de planète. Avec Lenny, c’était pas du tout comme ça, il la tenait bien le renoi, tu vois ce que je veux dire.

Finalement, Première Consultation, c’est un album d’amour ?

J’avais envie de parler de notre vie avec beaucoup d’amour et sans agressivité. Quand les gens viennent au quartier, ils ne le voient pas comme moi. Au cinéma, quand on montre le quartier c’est toujours très agressif. Alors que dans mes yeux à moi, je ne vois que de l’amour. Si les gens avaient ma vision du quartier, beaucoup d’entre eux auraient honte de ce qu’ils ont écrit ou filmé. Quand on écoute Dans Ma Rue, c’est une déclaration d’amour au XVIIIe et au quartier en général.

TEASER ALL EYEZ #3
 
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